Réparateur d’électroménager : un précieux métier

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C’est une tendance latente mais qui s’est révélée avec la crise sanitaire : la demande de techniciens en électroménager explose. Durant les confinements, les particuliers ont davantage utilisé leurs appareils d’électroménager. Par ailleurs, la période a été marquée par une prise de conscience collective pour une consommation plus responsable et favorisant l’économie circulaire. Le marché était déjà en frémissement, avec la feuille de route Economie Circulaire annonçant la loi anti-gaspillage et mise en place de l’indice de réparabilité, puis bientôt de l’indice de durabilité. Tout cela s’est traduit, par exemple, par une croissance de 30 à 40 % des interventions à domicile du groupe Fnac-Darty.

5000 réparateurs d’électroménager seulement en France

Projets de recrutement 2021 – Source Pôle Emploi


Conséquence logique, les besoins en techniciens sont en forte hausse. Ils sont 5000 aujourd’hui en France, ce qui permet de réparer seulement 5 millions des 28 millions d’appareils qui tombent en panne chaque année. De plus en plus sollicitées pour réparer, les entreprises se plaignent d’une pénurie de main-d’œuvre, alors que des centaines de réparateurs vont être recrutés en 2021 selon Pôle Emploi.

Or, la profession souffre depuis plusieurs années d’une désaffection et d’un désinvestissement dans la formation. « Je suis plus qu’inquiet sur l’adéquation entre l’offre et la demande » alerte Laurent Falconieri, président de La Compagnie du SAV, premier réparateur indépendant en France. En cause, une longue période de délitement au cours de laquelle le remplacement était préféré à la réparation. Avec pour conséquences, des organisations SAV réduites et des réparateurs qui fermaient, vidant de ce fait les cursus de formation, dont certains ont fini par disparaître. « Les discours mal maîtrisés sur l’obsolescence programmée ont finalement fait du tort en laissant penser que de toute façon, les appareils ne valaient pas la peine d’être réparés ! » constate Joël Couret, délégué à la promotion de la réparation chez FEDELEC, l’organisation représentative des milliers d’artisans réparateurs de ce secteur.

Une baisse de niveau… mais des solutions qui apparaissent

Le bac professionnel spécialisé a ainsi disparu au profit d’un bac généraliste, dont les jeunes sortent insuffisamment formés et doivent compléter leur cursus dans le célèbre CFA Ducretet. Selon Jean-Pierre Gaubert, Directeur du centre de formation, le niveau a baissé du fait du passage de la formation en 4 ans (BEP + Bac Pro) à un parcours en 3 ans (Bac Pro). Alors que justement, le métier devient de plus en plus complexe avec l’arrivée de technologies comme la domotique ou la maintenance prédictive.
Même constat au niveau de la formation continue. Les enveloppes se sont réduites, alors que, selon Laurent Falconieri, « les réparateurs doivent aujourd’hui disposer de compétences plus techniques et également de savoir-être, pour remplir leur rôle d’expertise et de conseil ; ce qui est insuffisamment pris en compte dans les formations initiales. Il faut reconnaitre la qualité et la détermination du CFA Ducretet mais les besoins sont tels que le nombre de jeunes formés tous les ans est insuffisant. »

Pour pallier ce manque, les différents acteurs se mobilisent pour lancer de nouveaux parcours de formation : le réseau Ducretet avec un nouveau cursus, Solvarea avec la Yes Academy ou encore la start-up Murfy… La Compagnie du SAV a créé un service formation interne qui développe ses propres contenus, en e-learning ou en présentiel, pour maintenir l’employabilité de ses 160 techniciens. FEDELEC s’investit également continuellement au sein de la branche professionnelle. Elle a notamment obtenu auprès de la CPNFP* une étude d’opportunité pour un nouveau référentiel de formation des dépanneurs. Objectif : créer un nouveau diplôme reconnu par la convention collective de la branche et par toutes les entreprises. « Nous sommes conscients depuis longtemps des difficultés à trouver de bons réparateurs. Grâce à la mobilisation générale actuelle, les choses peuvent enfin avancer ! » se réjouit Joël Couret.

La demande ne devrait pas se ralentir, car « il n’y a pas de réparations sans réparateurs, ni d’indice de réparabilité ou durabilité » rappelle Laurent Falconieri. Une opportunité pour de nombreux jeunes, mobiles et prêts à se déplacer pour se former à un métier qui a du sens : le réparateur est désormais un acteur de l’environnement !

Une initiative vertueuse
Pour voir plus loin, La Compagnie du SAV a créé une classe dédiée à la réparation dans un lycée professionnel de son département (Essonne). Appuyée par le GRETA, l’initiative permet de proposer une formation, co-créée par les professionnels et les enseignants, et d’offrir une opportunité d’emploi à des jeunes de milieux défavorisés qui pourront s’épanouir dans ce métier.

Les formations pour devenir réparateur
BEP Systèmes Numériques de niveau 3, Option B (audiovisuels, réseau et équipement domestiques)
Bac Pro Systèmes Numériques (formation transversale), Option B (audiovisuels, réseau et équipement domestiques)
Formation TSEC (Technicien Services de l’Electroménager Connecté) du Réseau Ducretet
Formation TSMC (Technicien Services de la Maison Connectée) du Réseau Ducretet
Formation Technicien d’après-vente en électroménager et audiovisuel à domicile de l’AFPA

*Commission Paritaire Nationale de l’Emploi et de la Formation Professionnelle : dispositif paritaire de consultation et d’étude pour les questions concernant l’emploi et la formation professionnelle dans une branche professionnelle.